Prenez le risque d’échouer.

Claude Lelouch a écrit dans Itinéraire d’un enfant très gâté :

L’échec est le début de la réussite à condition de plaider coupable et de le prendre à son compte.

L’échec est souvent associé à la nullité ou à la faute de pas de chance. Quand on subit l’échec, la première attitude serait de se rabaisser, se sous-estimer. Or, c’est une erreur. Même si le succès est source de joie, de fierté, de valorisation, celle-ci n’est qu’éphémère. Le jour où un échec arrivera, on va mal le sentir. Au contraire, l’échec donne, quand on en a conscience, énormément d’expériences. Il faut savoir tirer des leçons du passé, comme disent les vieux chamans barbus sous les arbres. Aux Etats-Unis, il y a même des conférences où des entrepreneurs racontent ce qu’ils ont ratés. Et dans les pays scandinaves ou anglo-saxons, si vous n’avez pas d’échecs à votre actif, vous êtes considérés comme quelqu’un sans expériences.

L’échec est forcément conséquence de quelque chose, c’est pourquoi il faut savoir l’identifier. Après avoir identifié la cause, il faut, bien entendu, la corriger. Qu’est-ce qui fait que ce truc n’ait pas fonctionné ? Comment l’améliorer ? Ces questions sont importantes, il faut savoir se les poser. C’est de cette manière que l’on avance.

En terminale, j’ai bossé avec 3 camarades de classe sur la conception d’un véhicule solaire radio-commandé, avec à la fin de l’année, une compétition à Toulouse. Ce projet fut un véritable désastre. J’en avais même honte le jour de l’épreuve. J’étais le chef de projet donc la responsabilité de l’échec me revient et je l’assume. Cette expérience m’a appris énormément de choses, que ce soit sur moi, sur la gestion d’un projet ou sur la gestion d’une équipe. J’avais fait en sorte que le projet soit géré correctement, en assignant des rôles à chacun et en faisant des réunions (choses qui faisaient rire les gens de la classe mais qui se sont révélées très utiles). Mais pourquoi ça n’a pas fonctionné ? Et bien, il y a plusieurs raisons à cela.

Déjà, le manque de connaissances. Aucun de nous 4 n’avait de connaissances en automobile, on devait tout apprendre sur le tas. A cause de ça, la logique de construction du véhicule a été foireuse. Nous sommes partis du moteur pour arriver au châssis : nous aurions du faire le contraire. En effet, à cause des délais de commande du matériel imposés par les profs, on a du se décider très vite (et ne parlons pas du prof qui nous a fait changer d’avis pleins de fois, pour rien et pour pire). C’est pourquoi, à la fin de la conception, le moteur s’est révélé ne pas être assez puissant pour propulser le véhicule qui était trop lourd et trop grand. Trop lourd car celui qui s’est occupé du matériau a confondu 500 g et 1,5 kg et trop grand car celui chargé de la taille du châssis et de la mécanique s’est servi des tailles maximales imposées par le cahier des charges. Quant au troisième plot (on se surnommait comme ça), il n’a tout simplement rien fait. J’ai imposé des timelines pour les études des composants nécessaires avec la rédaction d’un dossier expliquant le fonctionnement dudit composant. Rien de bien méchant. Mais il s’est avéré qu’il n’a jamais respecté ça. Je l’ai même menacé d’aller voir le prof pour lui mettre un point de malus (le projet comptait pour le BAC).

Vous allez dire que je rejette la faute sur les autres et que finalement, je ne prends aucune responsabilité. Et bien, vous avez tort. Certes, ils ont commis des erreurs. Mais ces erreurs auraient pu être évité si j’avais su les prévoir, si j’avais su gérer au mieux la communication au sein du groupe, si j’avais su mieux gérer le projet, si j’avais été meilleur manager. Ce sont toutes ces leçons que je retiens et que je ne recommettrai pas plus tard quand je serai ingénieur. L’échec de ce projet m’a appris énormément de choses. D’ailleurs, c’est ce projet qui m’a donné la passion du management. Aujourd’hui, j’aime bien en parler comme d’une très bonne expérience et il a même sa place dans mon CV. (Pour finir l’anecdote, sachez que nous avons fini avant dernier lors de la compétition et que nous avons eu 17 à la soutenance pour le BAC.)

Un échec passé peut aussi apporter le succès. En effet, en 1941, l’ingénieur américain Harry Coover voulait améliorer la transparence des lunettes de visée des fusils. Pour cela, il inventa le cyanoacrylate. Le problème, ce produit était totalement inefficace et collait. 9 ans plus tard, Coover travaillait sur l’étanchéité des cockpits des avions. Il repensa au cyanoacrylate. Cette substance s’est révélée parfaite pour la mission. Dès 1958, la super glue était commercialisée. Harry Coover a fait d’un échec un véritable succès et il existe des tonnes d’exemples comme celui-là.

Nous venons donc de voir que l’échec n’est pas si mauvais que ça. En apprenant à l’analyser, on gagne une riche expérience. On apprend des choses sur soi car il faut savoir se remettre en cause et des choses sur notre façon de faire. On peut adapter l’échec à beaucoup de situations. Par exemple, je m’en sers pour apprendre mes cours.

Désormais, quand vous essuyez un moment d’échec, pensez à ces gens qui s’en servent comme une arme de réussite et faites comme eux, analysez et grandissez.

Je vous laisse aussi méditer sur une possible alternative au succès et à l’échec, avec une citation de Samuel Anders dans le dernier épisode de Battlestar Galactica :

Pour l’instant, je ne fais qu’essayer de devenir plus fort pour aider l’équipe du mieux que je peux…Vous voulez la vérité ? J’en ai vraiment rien à faire des statistiques ou de la coupe ou des trophées ou des trucs de ce genre. En fait, je trouve que les matches ne sont pas vraiment importants. Ce qui compte pour moi, c’est de faire un parfait lancer, faire une parfaite reprise, réussir le parfait blocage… La perfection. Il s’agit uniquement de ça. Ce sont ces moments où tu peux ressentir la perfection de la création. La beauté, la physique, la merveille qui résulte des mathématiques, l’exaltation du lien entre action et réaction. Voilà le genre de perfection à laquelle je veux être connecté.

Au lieu de chercher la gloire ou la dépression, cherchez à ce que vos moindres faits et gestes soient les plus parfaits possibles, pour vous-même.

Big up @Oclairdelune

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez lire le numéro 201 octobre 2012 du magazine Management.

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Une réflexion sur “Prenez le risque d’échouer.

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